ANN CRAVEN / SHADOW'S MOON
Exposition du 27 juin au 21 septembre
2008
Vernissage le jeudi 26 juin 2008 à partir
de 18h
Du 27 juin au 21 septembre 2008, le Frac Champagne-Ardenne présente la première exposition monographique en Europe de l’artiste américaine Ann Craven.
L’œuvre d’Ann Craven trouve sa place dans la réflexion de certains artistes américains d’aujourd’hui, tels Wade Guyton, Kelley Walker ou Josh Smith, qui exploitent les potentiels de la surface, et intègrent non seulement la saturation de l’image du monde contemporain, mais aussi les erreurs ou les accidents que la reproduction à l’infini génère immanquablement. Son œuvre est également emprunte d’une grande intériorité spirituelle, une façon d’harmoniser sa pensée, son corps, sa respiration, à une pratique picturale d’une rigueur presque obsessionnelle. Ainsi, bien que l’œuvre s’en distingue formellement, Ann Craven reconnaît l’influence d’artistes tels que Vija Celmins, Allan McCollum ou encore Agnes Martin dont l’exigence de précision dans la pratique artistique est inséparable du rythme physiologique de leur vie.
Ann Craven est peintre, fondamentalement. Elle peint la lune. Parfois aussi des oiseaux, des fleurs, des biches, ou des bandes de couleur diagonales. Elle peint 400 lunes, non pas comme un éphéméride, mais comme si la lumière pâle de ce visage éternel appelait des êtres chers, lointains ou disparus, dans une rêverie nocturne où le pinceau serait maître de cérémonie. Les œuvres portent silencieusement cette charge affective. Puis l’artiste recopie ces mêmes lunes, pour tordre le cou à la revendication persistante de la peinture qui veut toujours faire son originale. Elle peint des sujets désuets, car elle connaît la puissance symbolique des images qui nous accompagnent, même parmi les plus insignifiantes : les images sans contenu que nos grand-mères gardent sans raisons véritables, les bons-points que l’écolier punaise fièrement dans sa chambre… Ses séries d’oiseaux ou de fleurs déclinent sans fin le rapport essentiel de la peinture entre le fond et la forme, la vibration de couleurs éblouissantes comme autant de signes du temps. Lorsqu’une couleur est appliquée, Ann Craven trace une diagonale sur une autre toile, mélangeant son pinceau à sa palette, sa palette qui elle-même est une toile. Rien ne se perd, tout « fait peinture «, et toute peinture est d’égale importance à ses yeux, qu’elle soit copie, originale, support de couleur, bandes abstraites, oiseau sur la branche.
L’exposition d’Ann Craven fait suite à sa résidence à la Chaudronnerie du Lycée Val de Murigny, dans le cadre du partenariat que le Frac a mis en place avec cet établissement. Une publication rétrospective sur son travail est en préparation en co-édition avec JRP|Ringier.
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L'exposition ANN CRAVEN / SHADOW'S MOON a été réalisée avec le soutien de :
AURÉLIEN FROMENT / EN ABRÉGÉ
Exposition du 27 juin au 21 septembre
2008
Vernissage le jeudi 26 juin 2008 à partir
de 18h
Le Frac Champagne-Ardenne présente En abrégé, une exposition d’Aurélien Froment (né en 1976 à Angers). Cet artiste développe une œuvre homogène au sein de laquelle différents éléments structurent une réflexion sur l’image et la façon dont celle-ci se constitue à la fois dans le temps et dans l’espace. À l’instar du prestidigitateur qui apparaît dans la vidéo Théâtre de poche (2007), Aurélien Froment crée un univers très personnel dans lequel ses œuvres répondent les unes aux autres et placent le visiteur dans une sorte de jeu de l’esprit, à la manière d’un film à épisodes où « il est toujours possible de prendre une pièce comme point de départ et de la relier par différents degrés de séparation à une autre pièce »1.
L’exposition En abrégé est conçue comme un espace où les technologies de l’image, et les gestes qui en découlent, sont mises en perspective, se superposent, se distinguent, s’influencent et se combinent. Préfigurant dès 1825 l’intermittence de l’image cinématographique, qui repose sur la théorie de la persistance rétinienne, le thaumatrope (du grec thauma, prodige, et tropion, tourner) est un jouet optique constitué d’une carte que l’on fait tourner sur elle-même à l’aide de deux petites ficelles, donnant l’illusion que les deux images imprimées au recto et au verso de la carte se superposent. À l’image du thaumatrope que constitue le carton d’invitation, les œuvres présentées dans cette exposition composent avec l’idée selon laquelle la réunion de deux images en génère une troisième.
Un entretien est diffusé en fond sonore de l’exposition : on y entend le magicien Benoît Rosemont parler de l’un de ses numéros de « mémoire prodigieuse » pendant lesquels il forme des images mentales qui lui permettent de mémoriser instantanément tout type d’information. Il explique cette technique de mémorisation, qui repose sur l’association de chiffres à des images et de ces images à d’autres images.
En écho, Hugo Hésitait Littéralement à Battre en Brêche Chacune de Nos Orientations Futures et Naïves (2008) met en jeu 52 paires de cartes imprimées. Cette collection d’images-clés propose aux visiteurs un jeu de Memory : imprimées en double, les cartes invitent à être retournées, deux par deux, afin d’en reconstituer les paires. Cette manipulation repose sur l’identification des motifs représentés et la mémorisation de leur emplacement. La grille figurant sur le plateau de verre est la promesse d’autres possibilités quant à l’usage de ces images. En abrégé, cette collection constitue un index visuel et subjectif des pratiques à l’œuvre dans l’exposition.
Manuel d’utilisation d’un projecteur 35 mm (2007) est une série de photographies qui illustrent les gestes d’un projectionniste, prolongeant ainsi un article d’André Bazin intitulé Pour en finir avec la profondeur de champ (Cahiers du cinéma n°1, avril 1951) qui entraîne le lecteur dans la cabine de projection, à la surface de l’image, et faisant le point sur les relations de la technique de prise de vue et de la modernité cinématographique.
Enfin, en contrechamp, Aurélien Froment utilise un projecteur 16mm dont le faisceau lumineux s’équilibre avec l’éclairage de la salle d’exposition (Balance des blancs, 2007). Le dispositif de projection cinématographique devient ici un modèle d’exposition.
Chacune des œuvres présentées au Frac Champagne-Ardenne contient un ou plusieurs éléments constitutifs des autres, comme un jeu de poupées russes un peu particulier : un jeu dans lequel le plus petit des éléments pourrait contenir l’ensemble, un ensemble d’abrégés.
1 : Aurélien Mole, « Aurélien Froment : Bulletin somnambule », Art21, Paris, n°12, p. 28-35
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